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En 2010, Nombuso Dlamini, une adolescente sud-africaine, a ressenti un grand soulagement après avoir été dépistée du VIH, ayant eu des relations sexuelles non protégées. Depuis, l’ONG Mpilonhle mène des campagnes de sensibilisation et de dépistage du VIH dans les écoles du KwaZulu-Natal, touchant plus de 10 000 élèves et visant à lutter contre l’épidémie de VIH chez les jeunes. Le programme de Mpilonhle a suscité des débats, notamment sur la confidentialité et le consentement parental. Alors que le gouvernement sud-africain prévoit d’élargir le dépistage, des défis demeurent, notamment la stigmatisation et les obstacles logistiques pour toucher tous les adolescents concernés.
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Elle en a encore la chair de poule. «Si effrayée»àl’idée dese faire dépister du sida. C’était en 2010. Nombuso Dlamini, une adolescente de 16 ans aux yeux pétillants et aux cheveux tressés, avait des relations sexuelles régulières avec son petit ami, mais sans protection. «J’étais négative, ça a été un immense soulagement.» Depuis, son copain met des préservatifs.
En cette chaude journée de février, dans cette école située àplus de 200 kilomètres au nord de Durban, la capitale de la région côtière et rurale du KwaZulu Natal, en Afrique duSud, Nombuso et ses camarades de classe en uniforme noir et bleu foncé s’apprêtent, de nouveau, à monter à tour de rôle dans les camionnettes aménagées en salles de dépistage.
Lelycée Nkosanafait partiedes douze établissements sélectionnés parl’organisation non gouvernementale (ONG) Mpilonhle(«une belle vie» en langue zouloue) pour mener une campagne de sensibilisation et de dépistage du sida dans la province la plus touchée du pays. Depuis 2007, 10 000élèves y ont participé. Le double si l’on y ajoute les opérations occasionnelles dans d’autres écoles environnantes.
Gérée par un couple américanobelge, cette ONG a pris les devants d’un programme national qui va être mis en place dans les prochaines semaines par le gouvernement sud-africain. Tous les élèves de plus de 11 ans sont concernés, soit près de 6 millions d’adolescents. A cette échelle, l’opération, qui relève du volontariat, est une première mondiale.
Près de 3% des moins de19 ans sont affectés par le virus du VIH, selon un rapport publié en 2010 par le Conseil de recherches en sciences humaines (HSRC) sud-africain. La précocité des relations sexuelles, parfois non protégées, explique ce taux élevé. Plus de 40% des 15-17 ans seraient actifs sexuellement.«Desfillessont aus si victimes de“papas gâteaux”,qui les attirent avec des cadeaux pour coucher avec elles. Et ils n’utilisent pas de préservatifs», raconte Dudu
zile Kunene, une éducatrice de Mpilonhle.
Choc Terrible
Dépister dès le plus jeune âge, c’est permettre un accès aux soins plus tôt en cas de contamination.
C’est aussi déstigmatiser la mala die en cas de résultat négatif, et favoriser la prévention.
Prévu dès février, le lancement de ce programme a dûê tre retardé en raison du débat qu’il a suscité. «Le gouvernement s’est focalisé sur le nombre de dépistés à attein dre, sans prendre le temps de s’assurer que les droits de l’enfant seraient bien garantis», juge Joanne Van Niekerk, la directrice de l’ONG Childline. Les autorités, qui planchent encore sur les modalités de la campagne, ont assuré qu’ellesopteront pour «une approche réfléchie et prudente».
Le gouvernement prévoirait l’obligation de consentement des parents. Une modification de la loi sud-africaine datant de 2008 per met pourtant de se faire dépister dès l’âge de 12 ans sansl’accord de ceux-ci. Si le gouvernement intro duit cette contrainte, ce sera un obstacle important au dépistage, estime Michael Bennish,responsable del’ONGMpilonhle: «Il va être difficile d’obtenir des réponses, car il y a beaucoup d’orphelins. Deplus,il va y avoir des refus des parents qui auront peur, par exemple, d’être dénoncés s’il y a de la violence sexuelle dans le cerc le familial.»
78% des élèves des douze lycées ciblés par Mpilonhle sont d’accord pour faire la prise de sang. L’ONG avait pris soin d’obtenir l’accord préalable des conseils d’administration de chacune des écoles, où siège une majorité de parents.
Second point de débat: la confidentialité. Dans une société où la stigmatisation liée à cette maladie reste forte, comment faire pour que l’élève qui obtient un résultat positif ne soit pas repéré par ses camarades? Avec Mpilonhle, les entretiens individuels d’une heure laissent le temps de procéder au dépistage et d’obtenir un résultat (quinze minutes en viron)avant la fin du tête-à-tête. Ni le proviseur ni les enseignants n’ont accès aux données individuelles, protégées dans des fichiers informatiques.
3,8% des élèves de terminale dépistés se sont révélés positifs en «C’est un choc terrible pour un gamin, raconte Sinethemba Mofu, une assistante sociale de Mpilonhle. La première réaction est souvent le déni, puis ils se disent qu’ils vont mourir, on leur dit que non,et on les accompagne à la clinique, et, parfois, chez leurs parents.»
Ce suivi mené par des personnes qualifiées a un coût. L’ONG, qui dispose d’une centaine de salariés, dépense chaque année un million de dollars (environ 736 000 euros), financés à 80% par le fonds américain Pepfar et parl’actrice sud-africaine Charlize Theron. Les observateurs doutent que le gouvernement sud-africain puisse y consacrer autant de moyens.
De plus, les enfants d’un même établissement pourraient être dépistés tous le même jour. L’ONG étale au contraire son action pour y intégrer des séances collectives d’information. «Je me suis fait dépister, puis j’ai poussé ma mère à le faire aussi», explique une adolescente. Pour d’autres, le chemin sera plus long.«Avant, je ne savais pas ce que c’était, le sida, et je ne me protégeais pas, raconte un élève. Et je ne lefais toujours pas, car je suis un homme, un vrai, ça ne peut pas m’arriver.»